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Qu'est-ce que la fugue ?

Les deux faces d'un vinyle 45 tours didactique, qu'un camarade m'avait prêté, je ne sait pas de quelle édition ni qui est le monsieur qui cause bien dans le micro. La causerie en texte, et les exemples musicaux en musique rire tirés de la fugue à 4 voix en Sol mineur du premier livre du clavecin bien tempéré de Jean-Sébastien BACH, transcrite pour basson, clarinette basse, clarinette en si bémol et hautbois, ce qui facilite beaucoup la distinction des voix.
Je suis sûr qu'après avoir écouté cette leçon, et analysé une bonne dose de belles fugues, n'importe qui peut en composer une.

Face 1
Qu'est-ce que la fugue ?

Définissons-là pour commencer, comme une conversation musicale, entre plusieurs personnes, plusieurs voix, sur un même sujet ; mais une conversation bien ordonnée, suivant des règles strictes, que chaque interlocuteur doit bien connaître préalablement, et dont il lui sera permis ensuite, s'il a du talent, d'user avec quelques libertés.
Voyons donc quelles sont les règles, les usages sur lesquels se fonde cette conversation.

Tout d'abord pour qu'elle soit bien claire, on ne choisi qu'un sujet, et c'est le nom même qu'on donne au thème fondamental qui va engendrer toute la fugue ; ce sujet c'est par exemple (Soprano, hautbois)

Chaque personne qui s'engagera dans la conversation, le reprendra à tour de rôle, avec la voix qui lui est propre :
L'une à la voix aiguë, c'est ici le hautbois que vous venez d'entendre ; l'autre a une voix grave, c'est le basson (Basse) ; un troisième chante comme un baryton, la clarinette basse ; une quatrième voix, voix d'alto, est ici la clarinette ordinaire, en Si bémol

Bien entendu un nombre très variable de personnes peuvent prendre part à cette conversation ; on peut y jouer à deux, mais le jeu est plus intéressant à trois, quatre ou cinq personnes, trois, quatre ou cinq voix.

Chaque voix va donc imiter le sujet choisi par la première à parler, d'où le nom d'imitation qu'on donne à ces répétitions ; et tout naturellement selon la hauteur de chaque voix, les discours vont se superposer, en s'accordant évidement le mieux possible pour éviter les heurts et les contradictions ; chaque voix doit s'emboîter dans l'ensemble avec le maximum d'harmonie.

Continuons à nous rapprocher de la fugue, et occupons-nous du sujet.
Nous avons vu que les convenances et le bon ton obligent à en modifier légèrement l'énoncé selon les voix.
Une première voix expose donc son sujet, une seconde voix entre et apporte la réponse, légère modification du sujet présenté à la dominante c'est à dire une quinte plus haut ; la troisième voix ramène le sujet sous sa forme initiale, la quatrième à son tour lui donne la réponse à la quinte, et ainsi de suite, sans qu'aucune des voix une fois entrée dans la conversation, ne cesse de discourir durant tout cet exposé.

Voilà donc le principe d'un début de fugue, d'une exposition.
Mais on en reste pas là, sinon chacun se tairait après avoir une fois donné son avis.

En réalité chacun va continuer à parler, à donner la réplique à son interlocuteur, en évitant soigneusement de couvrir tout à fait sa voix, car le sujet de la fugue doit rester toujours perceptible.

Reprenons donc, la première voix expose le sujet ; quand elle a terminé cet exposé et qu'elle entame le commentaire, une seconde voix entre, et le commentaire de la première sert à mettre en relief l'exposé de la seconde ; si ce commentaire est vraiment caractéristique, on l'appelle contre-sujet, c'est un compagnon du sujet qui contraste avec lui, comme Sancho avec Don Quichotte ; à son tour la deuxième voix reprendra le contre-sujet pour accompagner l'entrée de la troisième voix, et ainsi de suite Voici donc en gros ce qu'est une exposition de fugue.

Quand chacun a donné son avis, la conversation se poursuit sous forme de digression appelée divertissement, où un nombre variable d'interlocuteurs discutent tel ou tel détail du sujet, ou du contre-sujet, ou même des deux, et ceci toujours en imitation pour que le caractère de conversation soit respecté (Divertissement, à trois voix).

Pour ne pas trop s'égarer on revient périodiquement au sujet proprement dit, exposé par quelques voix ou par toutes, mais dans d'autres tonalités pour éviter la monotonie ; chaque retour au sujet est suivi d'une nouvelle digression ou divertissement.
Selon la richesse du sujet, son intérêt, et selon l'humeur des participants, on peu formuler ainsi trois ou quatre expositions, chacune suivie d'un divertissement.

Le moment de conclure approche cependant, parfois cet instant solennel est préparé ou annoncé par une sorte de pose dans le débat ; ce repos temporaire est généralement pris sur longue tenue de basse, à la dominante.

La plupart du temps, la conclusion est amorcée par une dernière exposition d'un genre spécial, la strette, où toutes les voix rentrent à des intervalles beaucoup plus rapprochés, plus serrés que lors des expositions précédentes, et rappellent le plus fidèlement possible le début du sujet - c'est donc un canon - comme si avant de conclure, chacun s'empressait d'affirmer une dernière fois, sont point de vue personnel dans le débat collectif

Telle est la structure générale de la fugue ; nous l'illustrerons par la fugue en Sol mineur du premier livre du clavecin bien tempéré de Jean-Sébastien BACH, à laquelle nous avons emprunté nos exemples (1 minute 42)


Face 2

S'il on veut résumer le circuit complet d'une fugue d'école, on trouve les étapes suivantes , dans l'ordre prévu par le code de la route :

- Exposition au ton principal, où le sujet et s'il y a lieu le contre-sujet font leur entrée dans chaque voix
- Premier divertissement ou développement en contrepoint libre
- Exposition au ton relatif
- Deuxième divertissement
- Exposition au ton de la sous-dominante
- Troisième divertissement
- Repos à la dominante
- Strette, c'est à dire série d'entrée canonique serrées
- Et enfin conclusion

Ce circuit organisé n'a rien d'obligatoire ; le plan de la fugue n'est ni un carcan, ni une camisole de force, il est seulement recommandé aux apprentis.
Le compositeur bien maître de sa technique, peut donner l'importance qu'il veut à telle ou telle partie, supprimer telle ou telle étape, ou au contraire en ajouter d'autres ; encore faut-il que le circuit imaginé soit intéressant et logique ; il s'agit ne l'oublions pas d'une construction artistique, et non d'un édifice préfabriqué.

Ce qu'il faut bien voir, c'est que la fugue n'est qu'une forme raffinée de développements, de variations.
C'est un système qui permet d'exploiter à fond, les possibilités de combinaisons polyphoniques d'un thème unique, choisi pour sa beauté, et pour sa fertilité contrapuntique.
Outre le canon et l'imitation, le fuguiste dispose de tout un arsenal de procédés, qui l'aideront à introduire dans son contrepoint des formules mélodiques apparemment nouvelles, mais en réalité issues elles-même du sujet ou du contre-sujet.
Évoquons quelques-uns de ces procédés :

On peut augmenter les durées de chacune des notes du sujet, c'est le procédé de l'augmentation, qui est comme un agrandissement photographique du thème.
Voici par exemple un passage d'une fugue de BACH, ou la forme normale du sujet est combinée à deux autres formes, dont la plus aiguë est précisément l'augmentation de ce sujet

Le procédé inverse, la diminution, consiste à raccourcir la durée de chaque note, d'une manière également uniforme, comme une réduction photographique ; le sujet peut donc être étiré par l'augmentation, ou comprimer par la diminution.
Mais on peut aussi le renverser de diverses manières :

Présenter le sujet par mouvement contraire, consistera à remplacer chaque mouvement montant par un mouvement descendant, et chaque descente par une montée, en conservant une suite d'intervalles rigoureusement identique, quoique renversée.
Le thème de notre fugue étant celui-ci en mouvement droit ou normal le mouvement contraire de tous ces intervalles, lui donne l'aspect suivant BACH a usé constamment de ce procédé dans « L'Art de la Fugue » ainsi la fugue numéro 5, fait d'abord entendre le sujet en mouvement contraire et avant même qu'il soit fini, la forme normale fait son entrée, à la basse puis tout en haut

Dans le mouvement contraire, le sujet est donc renversé verticalement, de haut en bas, il marche sur la tête en quelque sorte ; si maintenant on imagine de faire marcher le sujet à reculons, on obtient ce que les musiciens appellent le mouvement rétrograde, ou récurent ; on entend alors le sujet à rebours, en commençant par la dernière note, pour finir par la première.
Le sujet de notre fugue en Sol mineur envisagé de cette façon à rebours, deviendrait ceci

Rien ne nous empêche d'ailleurs de prendre à rebours aussi bien le sujet ordinaire, que son mouvement contraire ; dans ce dernier cas le sujet ne marche pas seulement sur la tête, il marche de plus à reculons ; ce qui nous donne au total, quatre postures différentes pour ce sujet :

- Il marche sur ses pieds et en avant, c'est la forme normale, mouvement droit
- Il marche sur ces pieds mais à reculons, c'est la forme rétrograde
- Il marche sur la tête et en avant, c'est le mouvement contraire
- Il marche sur la tête et à reculons, c'est la forme rétrograde du mouvement contraire

Il est évident que le compositeur ne choisira telle ou telle forme, que si elle lui semble belle par elle-même, et dans ses diverses combinaisons avec les autres formes.
Malgré tous ces procédés, la liberté est de rigueur, car il s'agit dans la fugue de parvenir à la beauté par les moyens de la science. Ce que nous retiendrons c'est qu'il y a une logique profondément harmonieuse dans toute fugue belle, une logique musicale et par conséquent humaine. Même si les procédés de construction de la fugue, relèvent d'une technique très savante, l'instinct musical et l'inspiration y ont leur mot à dire ; il faut d'abord choisir pour sujet un beau thème ; il faut ensuite dans la foule des combinaisons possibles retenir les plus séduisantes les plus heureuses ; il faut varier le nombre des voix qui dialoguent, et donner l'impression que le développement de la fugue se déroule comme la croissance naturelle d'un bel être vivant.

Autant qu'une science très grande, il faut donc un instinct très sûr pour écrire une fugue, qui soit à la fois intéressante aux yeux des techniciens, et agréable aux oreilles et au coeurs des amateurs.

S'il on admire BACH, c'est parce que cet extraordinaire technicien, a su rester un extraordinaire musicien.
Les quarante-huit fugues du clavecin bien tempéré sont aujourd'hui plus que jamais, l'aliment des pianistes et des compositeurs, ou comme disait Robert SCHUMANN : « Leur pain quotidien »
Le constater, c'est reconnaître que la fugue n'est pas seulement un jeu de mots croisés, mais bien une des plus belles et des plus hautes d'entre les formes musicales.


Et puisque tu as bien tout lu, voici ton cadeau : les fichiers son des deux faces du vinyle 45 tours dont je n'ai toujours pas retrouvé de trace, si tu as des informations, fais-moi signe
Face 1 : icône son - Face 2 : icône son
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une toute autre version en bandes dessinées sur le site de zviane.com

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